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Adam Westbrook : L’art de faire la leçon.

Les liens vagabonds d’Eric Scherer, de l’AFP, sont toujours une mine d’or pour qui s’intéresse à l’avenir du journalisme. La pépite cette semaine, c’est Adam Westbrook, jeune journaliste anglais dont la détermination et le spectre des compétences donnent à réfléchir. J’ai tenté en vain d’apprendre l’âge du prodige mais ce n’est en fait pas très important : Adam Westbrook est encore loin de la trentaine et se permet de donner des leçons à la vieille garde du journalisme. Et ça fait plaisir.

Car Adam Westbrook est l’archétype même du journaliste qui n’a pas à s’en faire pour son avenir, et ils ne sont pas légion dans cette position. Le jeune homme a en effet mis une par une les billes de son côté :

  • Positionnement au centre des flux. Adam Westbrook est actif sur son blog depuis 6 ans, et écrit aussi ailleurs (journalism.co.uk et Duckrabbit).  Il tweete, réseaute, se vend. Il s’expose ainsi par tous les moyens à l’information, aux réflexions et aux opportunités, qu’il partage ensuite avec enthousiasme. Une motivation qui devient de plus en plus un minimum aujourd’hui.
  • Compétences techniques. Audio, vidéo, pourquoi de se spécialiser quand on peut tout faire ? Le jeune diplômé peut travailler en radio, en TV, et surtout sur Internet. Il en mesure de maîtriser la chaîne d’un bout à l’autre. Quand on s’y met, ce n’est aujourd’hui ni très cher, ni très long. Mais il faut s’y mettre.
  • Compétences artistiques. Cadrage, montage, habillage, Adam Westbrook a compris l’importance de l’esthétique dans ses travaux. Avoir du goût et s’évertuer à le développer toujours, ça fait la différence.

  • Paire de couilles.  Quand on maîtrise les trois points précédents, c’est permis d’oser, mais tout le monde ne le fera pas. Lui s’en fout d’apparaître prétentieux, il se met en scène, donne son avis et plus encore, fait la leçon.

On vit je crois une de ces rares époques ou la jeunesse maîtrise mieux que les seniors des pans entiers des chaînes de production de valeur. Le Hollywood-ready Zuckerberg n’est à peine que le grain de poussière le plus visible d’une génération qui peut se permettre d’expliquer aux vieux comment la machine fonctionne. La machine, ça fait dix ans que les jeunes jouent littéralement avec, alors que les vieux pendant ce temps-là produisaient pour payer les factures. Aujourd’hui en âge de produire eux aussi, les jeunes adaptent le jeu aux réalités actuelles, les meilleurs réussissant ce que beaucoup de vieux, dans l’application de grilles de lectures vieillottes, échouent ne serait-ce qu’à comprendre.

Dans un article du NY Times, le plus très jeune journaliste David Carr se fait à cette réalité (citation trouvée chez Jeff Jarvis) :

Meanwhile, journalism schools are no longer content just to teach the inverted pyramid. A few weeks ago, I was at CUNY’s graduate school of journalism to help judge presentations from more than a dozen teams of young media entrepreneurs. There were some clunkers, as there always are, but there were also some scary good, real-world proposals from students who don’t have to think out of the box because they were never in one to begin with.
I tried to be courteous and deferential, partly out of a small fear that I may work for one of them someday. There are worse places to end up.

En matière de journalisme, il existe de nombreuses compétences que, dans une logique séculaire, les praticiens de longue date peuvent enseigner aux jeunes. Mais il y a de plus en plus de compétences aujourd’hui qui renversent cette logique, et font légitimement descendre l’âge minimum d’exercice du pouvoir. Plus légitimement en tout cas que chez un Jean Sarkozy.

Je suis pour ma part loin du nombre d’accomplissements d’Adam Westbrook, mais c’est pour découvrir ce genre de pépites que je surfe pendant des heures. Ça m’inspire.

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