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1h20 dans le cerveau dérangé Michael Ruppert.

En 2001, lors d’un interrail en Espagne, nous avons rencontré un français dans une gare, chauve bedonnant d’une cinquantaine d’année, qui tentait nerveusement d’ouvrir une boite de cacahuètes sans goupille avec ses clefs. Il nous a raconté qu’il était en cavale, suivi par les services secrets espagnols pour avoir découvert une immonde vérité aux ramifications internationales, une histoire dingue. Il affirmait que le couple d’asiatiques assis sur le banc en face de nous l’espionnait et soit disant entendait-il des messages de menaces à son encontre depuis son transistor de radio. Il a enchainé les exemples comme ça pendant une heure. Il s’exprimait bien et tout jeunes que nous étions, nous exaltions à l’écoute d’une si chouette histoire. Puis nous sommes montés dans le train et sommes passés à autre chose. Impossible de me rappeler aujourd’hui quelle était cette vérité que le mec avait révélé.

Michael Ruppert pourrait être le gourou de tous ces traqués du système. Auteur américain, et ex-flic, Ruppert a gagné sa vie en écrivant des livres et en diffusant sur le net, entre 1998 et 2006, des newsletters d’opinion comportant des accusations documentées sur toute une batterie de sujets politiques : guerres, libértés civiles, drogues, économie, commerce international etc. Ses constats sont si forts, et les conclusions qu’il tire sont si alarmantes que Mike Ruppert est rapidement devenu un des chefs de file du mouvement conspirationniste américain. Les adeptes de ses théories voient plutôt en lui un très alerte “whistleblower”.

Parmi ses accomplissements, Ruppert affirme avoir prédit avec deux ans d’avance la crise économique. Bien sur, pendant des années il n’a arrêté de prédire des crises, diplomatiques, écologiques et énergétiques dont on pourrait trouver des manifestations similaires à différentes époques, mais de ce coup-ci il en est très fier. Depuis quelques années, son cheval de bataille est la promotion de la thèse du post-peak oil. La question posée est loin d’être nouvelle : Que va t’il se passer quand le pétrole, sang de la croissance, n’irriguera plus nos sociétés dépendantes ? C’est vers un immense cataclysme qu’on se dirige, la fin de la civilisation telle que nous la connaissons, affirme Ruppert. Carrément oui.

Depuis 2003, il déploie sa thèse et dénonce à une fréquence folle les politiciens et corporatistes qui selon lui ne réagissent pas comme ils devraient face aux destructions à venir. Enchaîner des années durant de telles condamnations est un coup d’épée dans l’eau sans une très haute dose de crédibilité, et Ruppert s’emploie donc à prouver, à longueur de blogs et de livres qu’il n’est pas de ces théoriciens fantasques. En sortant Collapse fin 2009, Chris Smith, réalisateur du premier film sur les Yes Men, lui fournit son plus puissant haut-parleur.

Assis seul face à son intervieweur et un lot de caméra circulaires, servi par un montage léché, et une musique à haute teneur dramatique, l’homme explique les tenants et aboutissants du collapse attendu. Dans une première partie, Smith s’attelle dans ses questions et dans le montage à crédibiliser son sujet au maximum, puis laisse le message agir. L’effet recherché est le même que celui que notre bedonnant de l’interrail voulait provoqué sur nos jeunes caboches : le “wow moment” cher aux conférences TED, cette impression que les choses s’emboitent et découvrent un pan saisissant de vérité ignorée. Cet effet est même habilement mis en abîme dans une séquence mémorable du film que j’ai extrait. Ruppert évoque l’espoir suscité par Obama puis soudainement…

Plus qu’à Loose Change, Zeitgeist ou The Secret, dont l’esprit méfiant n’arrivera pas à extraire d’arguments suffisamment solides, Collapse fait penser à The Shock Doctrine. Dans ce très épais essai, dont une adaptation en documentaire vient de sortir en France, Naomi Klein, l’auteur de No Logo, explique que les néo-liberaux issus des courants de pensée de l’école de Chicago, (Hayek, Friedman), profitent depuis les années 60 des chocs subits par différentes peuples, pour étendre l’idéologie prônant une libéralisation totale des marchés. Des chiliens avec Pinochet, aux Irakiens avec Bush, l’auteur fait le lien entre plusieurs dizaines d’années de dictatures et de répressions à travers le globe, en trouvant les ressemblances dans les réponses économiques qui ont suivi ces chocs. Ce goût pour la profondeur du travail d’enquête etcette capacité qu’a Klein à lier les points, on les retrouve à l’identique chez Ruppert.

La majorité d’entre nous verra en ces auteurs de talentueux paranos et passera à autre chose, oubliera les arguments qu’ils ont mis des années à nous étaler sous les yeux. J’ai personnellement suffisamment de respect pour de tels travaux pour avoir l’honnêteté d’admettre qu’ils ont l’un et l’autre réussi à m’interroger. En tout cas assez pour que je garde leur message vivant dans un coin de tête. “L’information permet la résistance aux chocs, armez vous” prévient la base line.

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