December 13, 2009

La fin d’un groupe de presse, et pourquoi les blogs ne sont pas morts

Le journaliste informatique canadien Nelson Dumais titrait “Le phénomène blog tire à sa fin” son post du 24 juillet 2007.  Date annoncée du décès : possiblement en 2009, au plus tard en 2010. Maintenant quoi.

Nelson Dumais est donc journaliste en technologies de l’information. C’est son métier qui est mort et ce n’est presque pas qu’un effet d’annonce : journaliste informatique pour une publication orientée grand public, ça n’a plus beaucoup de raison d’exister (le blogueur Narvic l’explique parfaitement bien). Inutile de designer une fois de plus le coupable, on le connaît. Un blogueur un peu capable saura, comme un journaliste produire, diffuser, analyser et commenter une info, techno ou autre. Il l’aura juste fait bénévolement, ou presque.

J’ai vécu de l’intérieur une manifestation tout à fait représentative de l’extinction de l’espèce en cours. Embauché en début d’année 2009 par le groupe Volnay (SVM, SVM Mac, PC Expert) pour participer à la création d’un média en ligne d’informations “technologies”, j’ai assistée en direct à la fin de l’agonie et aux derniers soubresauts du groupe. Entre 2005 et 2008, le magazine SVM a perdu plus de 12% de son lectorat, et ça s’accélère en 2009, avec des répercutions évidentes sur les rentrées publicitaires. Autant vous dire que depuis quelques années, ça tire un peu la gueule dans les rédactions.

Or, le magazine SVM fête ce mois-ci son 26ème anniversaire. Si on peut d’un côté louer le dynamisme de l’équipe dans l’affaire Hadopi entre autre, il est évident que des lourdeurs dans l’organisation de la rédaction, héritée de ces 26 années de publication, ont pesé sur les finances. De plus, parce qu’il fallait sortir un magazine tous les mois, la transition vers le net s’est montré plus compliquée que prévu, a pris du retard, s’est finalement faite en demi-teinte, sans imagination ni prise de risque, et sans la souplesse en vigueur sur la toile.

Érosion du lectorat, mauvaise organisation, auxquels il faut rajouter crise du marché publicitaire et adaptation hasardeuse aux enjeux actuels. Ce qui n’était qu’une mauvaise passe jusque là se transforme en coup de grâce : fin juillet, Volnay dépose le bilan. NextRadioTV, qui détient La Tribune, BFM, RMC et surtout 01Net, se jette sur les magazines, profitant de l’occasion pour ôter de son chemin un concurrent à peu de frais. Prix à payer pour les salariés du groupe : une éviction massive. Sur 57 salariés, n’en seront gardés que 19.

Notre entité, 4 journalistes et un chef de projet, était justement censée permettre au groupe de s’implanter plus efficacement sur le net, à force vidéos et interactivité. Mais le projet est arrivé plusieurs années trop tard, a été scandaleusement mal géré par des gens peu réactifs, et visiblement pas au courant des principes de l’entrepreneuriat sur la toile (et pour cause, les dix dernières années, ils les ont passées à publier un magazine papier plutôt qu’à s’informer pour s’adapter). Notre projet, Next n’en veut pas, sans doute à raison. Trop imprécis et coûteux, donc risqué. On nous licencie. Volnay est liquidé. Les magazines désormais exsangues sont transférés chez Next, et le reste importe peu.

Alors non, le blog n’est pas mort, il contribue tous les jours à tuer son lot de vieux monde. Nelson Dumais le sait bien. D’ailleurs, il lui arrive encore de bloguer, en parfaite inadéquation avec ses prévisions de 2007. Le blog est même une des raison du succès de Twitter, qui lui envoie de l’audience hautement sélectionnée. En fait, le blog est mature. Il n’est vraiment représenté aujourd’hui que par la portion congrue des auteurs de qualité dont l’inspiration est proportionnelle au nombre de (re)tweets qui leurs envoient de l’audience. Bim.

Moi, une nouvelle fois, j’ai envie d’essayer d’être dans la portion.